18 Dec, 2018

Interview: Terrorism Committee Chair Nathalie Griesbeck

Ethan Arsht

After one year the European Parliament's Special Committee on Terrorism has concluded its work and adopted its final report. We have talked to French MEP Nathalie Griesbeck, Chair of the TERR Committee about their conclusions and recommendations to effectively fight radicalisation and all forms of terrorist acts in Europe.

The interview in French is available below.

Quel a été votre plus gros défi en tant que Présidente de cette commission spéciale? Pensez-vous que votre mandat d'un an était suffisant pour conclure votre travail?

Présidente de la commission sur la lutte contre le terrorisme, mon objectif premier a été d’instaurer un climat de confiance au sein de la commission mais également avec l’ensemble de nos interlocuteurs. Je pense notamment aux États membres, avec qui nous avons étroitement travaillé et coopéré durant l’ensemble de nos travaux. Comme vous le savez, les États membres tiennent à leur souveraineté, notamment en ce qui concerne les questions de sécurité. Nous devions, en tant que commission spéciale au sein du Parlement européen, prouver l’intérêt de créer un véritable Forum européen sur la lutte contre le terrorisme. Notre but n’était en rien de négliger le rôle des États, mais bien de montrer la valeur ajoutée de notre Union, car la menace terroriste dépasse nos frontières matérielles et immatérielles, elle est transnationale et européenne !

Il est évidemment difficile en seulement un an de répondre à l’ensemble des défis que pose la menace terroriste. Nous avons d’ailleurs prolongé le mandat de deux mois, afin de prévoir un temps plus long pour travailler nos recommandations ! J’estime que nous avons réalisé un excellent travail dans les délais impartis !

Comment évaluez-vous le niveau d’échange d’informations entre les États membres aujourd’hui? Y a-t-il beaucoup de place à l'amélioration?

Les États membres de l’Union européenne échangent déjà énormément d’informations. La coopération est déjà étroite et dense et elle s’est beaucoup améliorée ces dernières années. Il y a bien évidemment encore des marges d’amélioration possibles. Ces dernières années, nous avons créé, développé, renforcé de nombreuses bases de données (le Système d’informations Schengen, ETIAS, le Système d’entrée Sortie, les données PNR, etc.). Il faut maintenant qu’elles soient correctement utilisées ! Et surtout que les données qui y sont introduites soient de qualité ! Il est important que l’ensemble des États membres comprennent l’importance de ces bases de données, mais je suis confiante.
Notons, parmi les marges d’amélioration, l’un des grands chantiers en cours : l’interopérabilité des bases de données. Pour éviter les failles dans nos systèmes et que les informations circulent correctement, la mise en relation (de manière proportionnée et pertinente) des différentes basées de données est très importante ! Le Parlement européen (et pour notre groupe ce sont nos collègues Cécilia Wikström et Gérard Deprez ) y travaille activement en ce moment.

Concentrer les efforts contre la radicalisation et empêcher le financement d'organisations terroristes étaient deux des recommandations les plus importantes. L'UE dispose-t-elle des outils adéquats pour suivre efficacement ces mesures?

En ce qui concerne la radicalisation, l’Union européenne joue un rôle d’agrégateur de bonnes pratiques que l’Union diffuse auprès des États membres et des acteurs locaux (qui jouent un rôle clef en la matière!). Néanmoins, dans le fil de nos débats, nous nous sommes rendus compte que nous devions faire plus et mieux ! La Cour des comptes européenne note d’ailleurs le manque de synergies entre les mesures mises en place ou encore l’absence de réels indicateurs qui permettent d’évaluer le degré d’efficacité des politiques en la matière. Nous devons faire mieux et c’est pourquoi nous recommandons notamment de créer un véritable centre d’excellence européen pour la prévention de la radicalisation avec des ressources financières et humaines adéquates.

Quelles actions pouvons-nous attendre de la part des États Membres concernant ce rapport?

Les États ont contribué à ce rapport grâce à des échanges réguliers, aux auditions mais également grâce à nos missions de terrain. Il était très important pour moi, en qualité de Présidente, de les y associer. Nous les avons entendus et écoutés attentivement. Désormais, nous comptons sur les États pour qu’ils prennent compte de nos recommandations et nous allons bien entendu, en qualité de députés européens, surveiller cela de près ! Je pense que l’un des principaux objectifs de ce rapport est de rappeler (voire de prouver parfois) que nous sommes plus forts ensemble, et que la lutte contre le terrorisme concerne l’intégralité des États de l’Union. La sécurité de l’un fait la sécurité de tous !

Comment le départ du Royaume-Uni affecte-t-il la sécurité de l'ensemble du bloc?

Le Royaume-Uni est depuis de nombreuses années directement touché par la menace terroriste. Aussi, les gouvernements britanniques ont de multiples politiques en place. De manière générale, le Royaume-Uni joue un rôle important au sein de l’Union européenne en matière de sécurité. Personne ne l’a jamais nié dans le cadre de nos travaux : ni les Européens, ni les Britanniques ! Avec des membres de la commission spéciale, nous nous sommes rendus en mission à Londres. Il est en ressorti que le Royaume-Uni veut être notre partenaire privilégié. Ils veulent continuer à coopérer avec nous, et nous le souhaitons aussi ! Aussi, alors même que les discussions sur le Brexit sont très compliquées, je pense qu’en matière de sécurité, nous sommes tous conscients que nous avons un objectif commun et que la seule manière de l’atteindre est de maintenir une coopération étroite !

Êtes-vous satisfaite des propositions visant à mieux protéger les droits des victimes du terrorisme?

La commission spéciale a réalisé un travail très important sur les droits des victimes de terrorisme : outre notre soutien à une mise en place rapide d’un « EU coordination centre for victims of terrorism », qui prenne en charge immédiatement les victimes d’autres EM, nous demandons à la COM de créer une plateforme en ligne qui donne des informations aux victimes et aux États membres de créer un point de contact national. En termes législatifs, nous appelons la Commission à proposer une législation sur les victimes de terrorisme, afin d’harmoniser ne serait-ce que la définition, mais également leurs droits partout en Europe !

L’ensemble de ces mesures sont très importantes pour notre commission. Deux ans après les terribles attentats de Bruxelles, nous avons organisé une audition publique sur les droits des victimes afin de leur donner la parole ! Lorsque nous nous sommes rendus en Espagne à Madrid dans le cadre d’une mission, nous avons également beaucoup travaillé cette thématique clef car l’Espagne (comme la France) sont des pays en avance sur ces questions. La rapporteure shadow de notre groupe parlementaire, Maïte Pagazaurtundua, a aussi fortement contribué au renforcement des droits des victimes. Nous pouvons tous l’en remercier !

Vous êtes également membre de la commission des libertés civiles. La commission TERR a-t-il réussi à trouver un équilibre pour répondre aux préoccupations des citoyens en matière de sécurité et de libertés individuelles?

Le 10 décembre, nous célébrions le 70ème anniversaire de la signature de la Déclaration universelle des Droits de l’Homme. C’était pour nous tous, l’occasion de rappeler les fondements mêmes de nos sociétés. Or, ce socle de valeurs communes démocratiques, l’idéologie violente extrémiste le met au défi ! Or, pour lutter efficacement contre cette menace, et ce à long-terme, nous devons respecter un principe clef et essentiel : nos réponses européennes, nationales, doivent apporter le juste équilibre entre l’exigence de sécurité et le respect des droits fondamentaux !

C’est pourquoi, le respect et la promotion des Droits fondamentaux ont fait partie intégrante des discussions de notre commission. D’ailleurs, notre rapport commence et termine par rappeler ces valeurs, démontrant ainsi qu’elles doivent être la pierre angulaire de nos réponses.

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